Huit

Un jour, je ne pourrai plus me réveiller. Je serai immergé dans un rêve. Il ne s’arrêtera plus. J’aurai le temps d’admirer, glissant dans les abysses à même les vibrations qui effleurent ton visage. Je serai dans tout ce qui s’éprouve.

Un jour, je ne serai plus que sens. Je ne serai plus raisonnable. Pour ça, je parcourrai le désir à la recherche d’un reflet. Quand je l’aurai trouvé, doucement, intensément, éternellement, je me laisserai envahir par sa lumière. Et sa beauté sera mon île, son cœur mon rythme, sa chaleur mon élixir.

 

 
Extrait de « ÀAH MA MUSE » de Dominque Desplan-Ludim


LA BOÎTE NOIRE

Nana se saisit d’une boîte noire. Elle la contemple, un instant. Elle ferme les yeux, respire calmement, se concentre sur les battements de son cœur et sourit. Un vent doux pénètre dans la pièce ainsi que le son des grillons. La chambre qu’on lui a préparée lui convient parfaitement. Le mobilier est sobre. À sa droite, il y a une petite bibliothèque remplie de livres. Dès ce matin, à son entrée dans la pièce, elle a commencé, dans sa tête à déchiffrer les titres des livres.

— Il faut absolument que j’améliore mon français. C’était-elle alors dit. Puis, elle avait passé sa main sur le lit. À première vue, elle l’avait trouvé confortable, même s’il ne comportait qu’une place.

— C’est la chambre de mon fils. Il est parti sur Paris. Avait dit en souriant Cécile.

Dès que Cécile, sa correspondante avait ouvert la porte et lui avait montré la pièce, le lit, Nana n’avait pas pu s’empêcher de sourire. C’était comme si elle avait déjà vu cet endroit.

Elle pose la boîte noire sur la commode, se lève et ouvre en grand la fenêtre. Elle s’y accoude. Il fait nuit et d’où elle regarde, elle peut voir tant d’étoiles qu’elle se met à les compter. En même temps, elle songe.

Ça y est, elle est arrivée dans le sud de la France. Elle est dans sa chambre. Il n’y a pas de bruit dans la maison, ça en est presque inquiétant. Tout le monde dort. Tout à l’heure, elle est sortie et a fait un tour dans le couloir de la maison et elle a écouté la respiration paisible de ses hôtes.
 

Mais, les animaux dehors, eux tout comme Nana, ne dorment pas. On lui a dit qu’il n’y avait pas de sangliers dans la garrigue. Quand elle est arrivée ce matin, elle avait un peu peur. Dans la voiture, elle jetait des coups d’œil de tous les côtés quand le véhicule a pris la petite route qui mène à cette ancienne maison de chasse. Ça balançait drôlement et Nana regardait de tous les côtés, sûre qu’elle allait voir surgir des bêtes. C’est pour ça qu’elle est venue en Provence, pour ça et pour les grottes.

Elle sursaute, un bruit la fait sortir de sa rêverie. Elle serre les dents, elle est certaine d’avoir vu quelque chose à quelques pas de la grande maison. Elle se rassure en se disant qu’elle est au deuxième étage, et que donc, elle ne risque rien. Au cas où, elle se précipite sur son lit et prend sa boîte et s’apprête à l’ouvrir quand elle entend de nouveau un bruit. Sa main hésite. Elle se secoue pour s’éclaircir les idées. Elle fronce les sourcils et saute du lit et à toute vitesse, elle se dirige vers la fenêtre. Comme quelqu’un qui n’a plus peur, qui en a marre qu’on se moque d’elle. Elle arrive juste à temps pour voir deux yeux la fixer et disparaître. Nana met ses mains devant ses yeux. Elle est convaincue que cette bête la vue et qu’elle a tenté de lui dire quelque chose. Elle s’avance pas à pas vers son lit et prend sa boîte. Elle l’ouvre. La boîte se dissout en une fumée noire qui envahit la pièce et l’emporte avec elle.

Nana regarde par la fenêtre du TGV qui la conduit à Avignon. Elle vient de recevoir des nouvelles de sa correspondante, Cécile. Elle lui dit qu’elle l’attendra sur le quai. Nana, sourit de nouveau, referme son portable et le met dans son sac juste à côté de sa boîte noire. 

DDL/

J’AI CHOISI DE TE SUIVRE SUR CETTE ÎLE

As-tu si vite compris qui j’étais ? Malgré l’obscurité, tu savais mon visage. Oui, tu as souri, c’était chaud, ça ne m’était pas inconnu. J’avais l’impression que tu me pénétrais, c’était vrai, troublant. Je tremblais. Tu l’as senti. Je me suis laissé bercer par cette chose, l’intelligence. Tu m’as enfanté, sans mots avec, juste, des silences pleins, ton visage et le mien.

Tu as ri ! Tu isolais l’instant. Je flottais en toi. Tu comprenais, je. Te comprenais, t’écoutais… enfin ! C’est alors, tout de suite encore, toujours, que tes couleurs me sont montées à la tête. Elles étaient toutes franches : du noir et du vert mêlés et j’ai vu dans tes yeux brûlants où tu voulais aller. Je me suis laissé porter et tu m’as baladé dans tes souvenirs. Ouvrais-tu ton cœur ? Ça clignotait pourtant. Du noir, pour le silence et les autres couleurs pour la vie. Il y avait ces roches. Ces arbres, ce vent qui nous caressait, seuls dans cette forêt face à nos souvenirs. Tu t’es mise à courir vers un autre songe.

Cette fois, la ville était sombre, comme barbouillée de doutes, tu l’avais dessinée. Tu étais revenue pour tout recommencer. Tu as déterré le trésor qui tu y avais caché. Pour la première fois, j’ai lu l’émotion sur ton visage, je t’ai serré contre moi, puis tu as disparu. Es-tu entrée en moi ?

 

Tes rêves sont comme des formules magiques, toi l’elfe.

 

 

Extrait de « ÀAH MA MUSE » de Dominque Desplan-Ludim