Dominique Desplan-Ludim Blog
Il paraît que j'écris comme un maçon. Au début, je trouvais ça vexant et puis, j'ai réalisé que ces gens-là construisaient des maisons alors finalement, bah, ça me va. Quant à ceux qui disent que j'écris comme je parle, eh bien, je pense que ceux-là n'apprécieront pas le mini-texte juste en dessous. Il ne faut absolument pas qu'ils le lisent. Quant à ceux qui disent que j'écris comme mes pieds, vous savez ce que je leur dis ?
C'est très intéressant ce que vous dîtes, ça me donne une idée !
Sophie imagine en rythme
La vie est une aventure et, quelques fois, ce sont les épreuves les plus simples qui nous paraissent être les plus dures. Parce que nous ne sommes jamais en train de la regarder sur un téléviseur ou sur un moniteur d’ordinateur. Nous n’avons pas cette distance qui nous permet de prendre du recul sur les événements. Il n’est pas possible de retourner en arrière ni de mettre les choses en accéléré ou au ralenti. On est obligé de vivre nos émotions jusqu’à ce qu’elles changent. Si elles sont agréables tant mieux, sinon tant pis. La Sophie de la photo était restée une image pendant quelques minutes et puis, indocile, espiègle, impossible, elle s’était mise à bouger du cadre de la photo. Elle en avait eu marre du paysage et ce qui était impensable eu lieu. Elle commença par s’asseoir, à nouveau, à sa table. Elle s’alluma une cigarette et regarda les gens. Elle aimait jouer avec son imagination en inventant une vie aux gens qui s’agitaient devant et autour d’elle. Quand elle était de bonne humeur, tous ceux qui l’entouraient en bénéficiaient. Elle les affublait de caractéristiques originaux, ils avaient tous des centres d’intérêt qui les passionnaient, ils avaient du cœur, du courage, le monde allait bien. Quelques fois, Sophie passait d’un état d’âme à un autre, comme ça, sans prévenir. Alors le monde en pâtissait, il courrait à sa perte. Le ciel se couvrait de nuages sombres et une pluie de la même couleur s’abattait avec furie. Les gens s’affolaient comme des fourmis qui flambent. La scène se déroulait à la même vitesse que dans tous les films catastrophes qu’elle avait pu voir ou dédaignés parce qu’ils se terminaient toujours de la même manière. La terre tremblait, se fissurait puis explosait. Les gens couraient de toutes parts et Sophie ne bougeait pas, elle admirait le spectacle. Il se passait enfin quelque chose. Paradoxalement, dans ces moments-là, Sophie se sentait plus vivante que jamais. Elle n’avait aucune envie de suivre le mouvement ambiant, d’ailleurs, ils finissaient par la faire rire tous ces gens qui voulaient survivre. Ils se bousculaient, se marchaient dessus. Ils étaient la peur. Sophie mit son casque et fit partir sa playlist. Le monde semblait vivre ses dernières heures, c’était un beau show, elle mit la musique à fond. Tout n’était plus que rythme.
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SOPHIE ET LE CÉLIBATAIRE
Elle l’avait enfermé dans la salle de bain. Il l’avait bien mérité. Il avait cru en sa chance, mais n’avait pas joué le jeu. Il avait voulu utiliser l’apparence que Sophie voulait bien se donner. Il n’avait fait aucun effort pour la découvrir. Oui, elle était plutôt gentille, oui, elle pouvait être naïve, mais non, elle n’aimait pas, elle détestait, par-dessus tout, qu’on la prenne pour une conne. Elle avait frappé, à plusieurs reprises, sans aucune émotion, là où il fallait. Après avoir imaginé la scène pendant tout le repas. Pendant que David la dévisageait et ne faisait que parler de lui comme s’il était la dernière merveille du monde. Il se vantait, se vendait, sûr de la bonne affaire qu’il était, de la chance qu’elle avait et pendant ce long fleuve tranquille, elle s’amusait à détourner le regard durant de longues minutes. Elle observait l’appartement de ce célibataire endurci, ses CD bien rangés, ses bouquins bien classés, ses affiches bien affichées, ses préservatifs bien en vue. Quand elle finissait ses excursions visuelles, immanquablement, elle regardait David. Qui, immanquablement n’était pas le moins du monde alerté par le manque d’intérêt qu’elle lui avait porté. Il s’aimait ce type et le test était probant, il ne voyait que, lui. Certes, il écoutait de la bonne musique, il avait de la culture, mais qu’est-ce qu’il était con. Qu’est-ce qu’il était pédant ! Il avait cru qu’en l’attirant chez lui, en lui faisant des pâtes, il avait gagné la partie. Sophie avait suffisamment répété la scène et quand il s’approcha d’elle, persuadé qu’elle l’embrasserait, elle frappa. Encore et encore, elle se défoulait. Tout ce qu’elle n’avait pas eu l’occasion de dire, elle l’exprimait par une
violence précise, calculée. Humilié, choqué, dépossédé de sa superbe, David battit en retraite vers la salle de bain. Non, finalement, ce n’était pas elle qui l’avait enfermé. C’est David qui avait poussé la porte pour ne pas qu’elle entre. C’est lui qui avait tourné la clef. Sophie s’alluma une cigarette, elle jeta un dernier coup d’œil sur l’appartement de David et mit les voiles. Pendant qu’elle marchait dans la rue, elle se dit qu’il devait bien exister un homme qui lui conviendrait. Elle mit son casque de moto et se repassa mentalement la scène avec David. Elle avait toujours eu une bonne mémoire, ce qui lui permettait de voir et de revoir les événements passés autant de fois qu’elle en avait envie.
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Sept
Juste après avoir souri, tu appuies ta tête sur ta main. Ton regard rivé sur l’écran, je te sens songeuse. Un mélange d’ailleurs et de déception. Décidément, tu es bien trop libre, trop forte, trop intelligente pour me dire que je suis ridicule. Tu attends, patiemment, que le jeu s’achève.
Ce faisant, tu comptes tes espoirs pour t’endormir, ça te berce. Soudain, les yeux fermés, les choses t’apparaissent plus réelles, bien plus complexes.
C’est parce que tu as le cœur tranquille que tu peux encore écouter, lire des banalités.
Tes yeux clos s’ouvrent, maintenant, à l’immensité du cosmos. Tu vois, c’est normal si tout avait l’air si petit. De ton point de vue, oui, tu peux m’appeler : « Poussière ». Et si étoile était mon nom, j’aimerais voyager avec toi. Car ici, tout est si calme, si parfait, rien ne se passe, mais, pourtant, en te regardant, j’espère que le calme s’arrêtera.
En fin.
LA LAMPE
La lampe dans sa chambre est toujours allumée. Tous ceux qui le visitent le remarquent et tentent de le persuader de l’éteindre afin qu’il puisse se reposer. À ça, il maugrée toujours un « Non ! » qui veut dire jamais. Toute sa famille est venue le voir, de sa mémoire, il ne peut faire émerger aucun nom de petits fils, de cousins, d’ex-petites amies, compagnes, qui ne se soient approchés de son lit pour lui chuchoter quelques mots inutiles. Comme si en plus de ça, il avait besoin d’une berceuse. Quand la porte s’est ouverte, il ne savait pas qui allait entrer et ça le mit mal à l’aise, il eut l’impression que s’il ne connaissait pas son visiteur, il ne le verrait pas.
Boniface était assis à une petite table, entouré de deux femmes et de quelques-uns de ses hommes qui rigolaient fort. Les boules à facettes tournoyaient et les pattes def écrasaient le sol à un rythme effréné. Ils étaient au sous-sol de l’auberge qu’il avait achetée afin de faire la fête en toute tranquillité. La nuit enveloppait ce lieu mythique au fin fond de l’Essonne. La forêt aux alentours retenait la musique et donnait aux occupants des voitures qui se garaient une impression de vacances. Puis, elle est entrée, il n’a pas eu à demander aux filles qui le pressaient de se pousser, à ses hommes de lui faire de la place, au cavalier de la dame d’aller prendre l’air. Marie-Claude s’est alors approchée de lui.
Dans la salle d’entraînement, les Budos Brothers et Sisters
s’entraînaient. Ces experts des arts martiaux mutilaient l’espace de leurs coups de pieds et de poings précis et implacables. Le boss était à cran, alors on s’activait. Dans l’entreprise de protection rapprochée parisienne, les bureaux étaient mis sens dessus dessous. L’inspection suivait son cours. Pendant que les secrétaires, le bras droit, le comptable faisait tout pour satisfaire les demandes de l’inspecteur des impôts, Boniface avait retiré sa veste, ses chaussures et marchait de long en large sur le tatami. Le maître d’art martial asiatique était impassible, il commandait ses recrues comme un chef d’orchestre ses musiciens. Boniface se tourna vers un sac de frappes et tapa un grand coup. Cette journée changerait peut-être toute sa vie. Il ne passerait pas, en toute tranquillité : le changement de pouvoir à la tête du pays, il n’achèterait pas cette boîte de nuit au Havre, son jet dans les années 90 et ne finirait pas dans ce manoir dans lequel quelqu’un qu’il ne connaissait pas venait de faire son apparition.
Boniface avait eu une belle vie, malgré ses deux divorces, il avait su garder de bonnes relations avec ses épouses, ses enfants, ses petits enfants. Il était maintenant à la tête d’un petit empire. Il avait su au bon moment parier sur l’essor de la protection rapprochée et vendre son expertise dans le monde entier. Mais aujourd’hui, il y avait quelqu’un qui était assis à côté de lui et il se sentait comme un moins que rien. Il était aveugle. C’était la pire la chose qui lui était arrivée.
— Qui êtes-vous ? cria-t-il.
Une femme souriante lui prit la main. Il voulut la retirer. Elle insista.
— Qu’est-ce que tu crois, je savais bien que c’était toi ! soupira-t-il, presque apaisé.
Alors, l’homme fort qui ne s’était plus levé depuis le début de sa maladie. Le grand Boniface que les journaux avaient déclaré vaincu se leva. Le décor autour de lui avait disparu. Il ne voyait plus ses tableaux, la grande chambre somptueuse et impersonnelle avait disparu.
Marie-Claude s’est alors approchée de lui et bien que la musique battait son funk, ils, Boniface et elle se mirent à danser. Leurs mouvements étaient mystérieux, c’était comme s’ils avaient attendu longtemps pour les effectuer. Ils prirent donc grand soin de profiter du moment afin de le faire durer aussi longtemps que possible.
Dans le manoir, on s’agitait, le majordome avait trouvé la chambre de monsieur vide. La lampe était éteinte.
Dominique Desplan-Ludim
Paris, 26th October 2018
Mon histoire
Certaines fois, je regarde la lune et je me demande comment j'ai pu tomber aussi bas.
Mes compétences
Je peux écrire des histoires complètement bidons et penser qu'elles ont de l'intérêt. C'est parce que je pense que ça leur donnera l'envie de faire leur intéressante.
Ma mission
Trouver une raison pour partir en voyage au pays des pages blanches, des sens et contresens jusqu'à me balader moi-même et être totalement dépayser.
Qui je suis ?
À y regarder de plus près, je suis un auteur qui écrit. L'originalité de cette phrase est indéniable et c'est pourquoi je l'ai écrite. J'écris des nouvelles, des pièces de théâtre, un roman de papier, comme ils le sont tous, et des scénarios destinés à l'écran comme de bien entendu. Et si vous n'avez pas encore entendu parler de moi, c'est que vous êtes effectivement au bon endroit afin de corriger cette infamie.